Le Vieux Tours : une vitrine pour la ville
Tout d'abord, le Vieux Tours, c'est un peu l'image d'Epinal de la ville de Tours. C'est le lieu de passage incontournable pour
les touristes, le rendez-vous des étudiants pour les
soirées ou pour
boire un café l'après-midi, l'endroit où les tourangeaux se retrouvent pour
discuter autour d'un verre... De jour comme de nuit ses troquets sont souvent pris d'assaut et lors des beaux jours les places en terrasse valent chères.
Quartier restauré dans les années 60 sous l'impulsion de Jean Royer, le Vieux Tours est souvent pointé en exemple dans la sauvegarde du
patrimoine. Quartier piéton également depuis 1985, l'ensemble autour de la place Plumereau est devenu depuis le centre touristique et festif de la ville, ce que le géographe Michel Lussault a appelé "le centre ludique" de la ville. Les nombreux bars, restaurants et commerces implantés bénéficient tout au long de l'année de la présence de l'université de Lettres et Sciences Humaines à ses côtés. Cette décision du maire d'alors, Jean Royer a permis depuis, de dynamiser le quartier au point qu'il est aujourd'hui un symbole fort si ce n'est le symbole de la ville à l'extérieur.
Attirant énormément de monde y compris en soirée, la vie qu'il procure crée des contestations de la part des riverains qui se sont dressés en association depuis une vingtaine d'années : l'APVR. Forte d'une centaine de membres, cette association est devenue puissante, faisant des nuisances sonores son cheval de bataille. Tellement influente, que les patrons des bars pointent aujourd'hui leur mécontentement face à certaines mesures drastiques qu'ils leur sont imposées. Un exemple flagrant est la baisse du nombre de concerts organisés dans les bars du quartier ces dernières années à cause de multiples plaintes des riverains.
A première vue on pourrait comprendre ces riverains excédés par le tapage nocturne que peut générer ce type de quartier (la fermeture des bars se tient à 2h du matin), mais plusieurs détails me choquent dans leur bataille :
Tout d'abord, un argument simple consiste à dire que si on recherche du calme on ne vient pas habiter en centre-ville encore moins dans le quartier touristique et festif de la ville. Comme me le rétorquait Johan Guillermin sur Twitter, certains sont là depuis 50 ans. Soit, je peux comprendre l'agacement de certains résidents qui sont là depuis plusieurs décennies et qui ont vu s'installer une vie nocturne dérangeant leur tranquillité.
En revanche, beaucoup des membres de cette association, se trouvent être des propriétaires qui pestent car les nuisances nocturnes sont surtout un facteur qui fait qu'ils ne peuvent louer leurs logements aussi chers qu'ils le voudraient. Pourtant , comme tout quartier en position centrale le prix des loyers est déjà élevé. Quand on sait que ce quartier est notamment prisé des étudiants sans gros moyens financiers, la plainte de ces propriétaires peut faire doucement sourire, d'autant que ces étudiants aiment généralement cette vie nocturne. De plus, la restauration du Vieux-Tours qui était un ensemble de logements insalubres il y a quelques décennies et l'installation de cette vie ludique a permis une envolée des prix. Sur le long terme il n'y a aucun doute possible, les logements du Vieux-Tours ont pris une plus-value. Les arguments ne tiennent pas la route, déjà en 1985, les propriétaires dénonçaient une baisse du taux d'occupation des logements, pourtant aujourd'hui le quartier ne s'est pas vidé, et la baisse des prix des logements ces dernières années peut surement s'expliquer par d'autres raisons comme la santé du marché immobilier en général.
Not In My Back Yard
Mais ce qui me dérange le plus dans ce genre de contestations c'est l'égoïsme qui se cache derrière. Ces associations sont souvent adeptes du "On veut bien de ce genre de choses mais pas chez nous", syndrome que les sociologues appellent le syndrome NIMBY (de l’anglais Not In My Back Yard). En effet la grande majorité de ces contestataires souhaitent le départ des activités créant des nuisances dans leur environnement proche pour en faire un quartier résidentiel alors qu'ils tolèreraient ces mêmes activités ailleurs, pour en profiter. Ainsi une de leur proposition revient à développer les activités nocturnes sur le quartier Jean-Jaurès. .. En gros, on veut les avantages, on est fier de montrer le coin sympathique aux proches de passage en Touraine mais on en refuse les inconvénients.
Cette histoire me rappelle un peu l'histoire de la halte de jour pour les sans abris dans le quartier Velpeau où j'habite. Les riverains se plaignent des nuisances, gueulent contre les désagréments tout en demandant sa fermeture ou son déplacement dans un autre quartier. Pourtant à écouter ces mêmes personnes, elles trouvent toutes que c'est bien que ce genre de structures existent. Là encore "on trouve ça bien mais pas chez nous". Aux autres les emmerdes, une conception un peu égoïste non ?
Bref, pour revenir à l'APVR, je peux concevoir que la vie nocturne autour de la place Plum' puisse être dérangeante, que les clients des bars un peu éméchés puissent faire du bruit en sortant des bars et que ces nuisances ont été renforcés depuis l'interdiction de fumer dans les lieux publics... mais de là à parler de zone de non-droit comme on peut le lire dans l'article de la NR il y a un fossé. D'autant que l'on ne peut pas dire non plus que la
municipalité ne fait rien pour limiter les nuisances, les policiers tournent fréquemment dans le quartier, certains soirs leur présence est même impressionnante.
Peu de villes peuvent se vanter d'avoir un centre-ville aussi vivant tout au long de l'année. La renommée de la place plum' est une chance et les retombées économiques et en terme d'image sont bénéfiques pour la ville. Rien n'est plus moche qu'une ville morte, le Vieux-Tours bouge et c'est tant mieux, pour l'intérêt général. L'ambiance n'y est pas aseptisée mais pour combien de temps encore ?